
Des Papiers et des Hommes
Avec l’écriture est née l’histoire. Les papiers ont depuis longtemps remplacé les murs des pyramides égyptiennes et les tablettes sumériennes et se sont imposés comme le support universel des pensées et de l’histoire des hommes. De sa forme primaire à celle qu’on lui connaît aujourd’hui, le papier a favorisé l’essor de la civilisation de l’écrit.
De la matière au symbole
Le mot papier réunit matière et usages, supports et fonction. De notre cahier d’écolier à notre roman préféré, en passant par nos premiers dessins, nous nouons tous avec le papier des relations affectives. Objet du quotidien par excellence, le papier prend la valeur qu’on lui donne : il y a ceux dont on se sépare, ceux qu’on archive, ceux que l’on a obligation de conserver. Outre la fonction, le papier a une valeur émotionnelle.
Il incarne les vers du poète, les paroles du chansonnier, les croquis du peintre. A l’instar de Francis Ponge qui lance Paroles, fondez du haut des airs sur ce papier ! (« Paroles sur le papier », Lyres, 1967), les papiers ont envahi la toile des cubistes. Avec Georges Braque et Pablo Picasso en fer de lance, ils utilisent cet objet du quotidien dans leurs œuvres en papiers collés. Des morceaux de papiers imprimés ou colorés sont collés sur une feuille à dessin pour introduire des motifs réels : un fragment de journal représente un journal et un papier imitation bois imite le matériau de la guitare ou de la table.
Au-delà du rapport affectif, le papier incite au contact charnel : la plume qui glisse sur le papier, le papier que l’on froisse, celui qu’on plie pour faire des origamis ou des cocottes. Charnel et spirituel. Au Nouvel An japonais, Shôgatsu, les habitants s’en vont prier et tirer le sort dans les temples shintos. Chacun reçoit un petit papier sur lequel est écrit son destin pour l’année qui commence. Une fois lu, le papier est plié, texte à l’intérieur, et attaché aux branches d’un arbre du sanctuaire. Les arbres se couvrent ainsi d’une multitude de papiers blancs qui sont autant de destins jetés au vent.
Lieu de mémoire
Fragile et éphémère par nature, le papier n’était pas destiné à graver la mémoire des hommes. Et pourtant, témoins du passé, les archives sont la matière première de l’historien.
Support de la diffusion des idées et de la transmission des savoirs, le papier est le compagnon de toutes les luttes sociales et politiques. Chaque révolution sociale s’est accompagnée d’une innovation technologique du papier. Ainsi, c’est grâce à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg et à la diffusion de masse qu’elle a offert que Martin Luther a pu changer la face du christianisme au XVe siècle. De même les pamphlets révolutionnaires de 1789 ou les affiches de mai 68 : le papier a changé le cours de l’histoire !
Le papier dans tous ses états
Le papier, on ne s’en sert pas que pour écrire. On s’en inspire. Certains en font des chansons. Papier musique, papier dessin, papier glacé, autant de support à l’imagination, même insolite.
Grâce au papier, la montgolfière naissait en 1783 ! Joseph Montgolfier a l’idée d’utiliser du papier, matière légère et résistante, pour emprisonner l’air chaud dont il découvre la force ascensionnelle. La famille Montgolfier est une grande famille ardéchoise de l’industrie papetière, et ce depuis le XIVe siècle.
Le papier au service de l’art, c’est aussi et avant tout l’origami. Ce mot japonais signifie littéralement action de plier du papier (ori : plier et gami : papier). Cet art du pliage a pris naissance en Chine au IIe siècle avant notre ère, en même temps que le papier fut inventé.
A l’affût des tendances et à la pointe de la mode, on en fait des vêtements, des bijoux et des canapés. En 1967, Paco Rabanne présente une collection de robes en papier dont les coutures sont remplacées par des bandes adhésives colorées. Le papier nous sert à nous vêtir, à nous divertir !













